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  Accueil > Cinéma > Gosford Park - Robert Altman
Gosford Park KKK

Film britannique, américain, allemand, italien (2001).
Policier, Comédie. Durée : 2h 17mn.
Date de sortie : 20 Mars 2002
Avec Kristin Scott Thomas, Stephen Fry, Richard E. Grant, Helen Mirren, Ryan Phillippe
Réalisé par Robert Altman

"Thé à quatre heures, dîner à huit heures, meurtre à minuit"... Menu des plus appétissants, n'est-ce pas ? Mais que les fins gourmets cinéphiles ne s'émeuvent pas : le grand chef Altman ne filme pas dans Gosford Park un énième polar en costumes... les costumes l'emportent sur le polar ! Car plus qu'une enquête policière, reléguée au rang d'intrigue secondaire, Altman dépeint avec génie une époque et un milieu : l'aristocratie britannique du début des années trente. C'est toute l'atmosphère pesante de cette débâcle du vieux monde qui s'offre au spectateur. Chaque scène est un délice : le panache, le détachement face aux richesses et l'ironie, pour la galerie, dissimulent des âmes mesquines, corrompues. Les boiseries précieuses et les soieries des tenues de bal sentent la moisissure, la pourriture.

Mais Altman ne se contente pas de dépeindre les "gens d'en haut", les maîtres ; il offre aussi un portrait saisissant de la domesticité et de la passion-répulsion qui l'unit à ses employeurs. La gouvernante modèle qui "n'a pas de vie" ; les intrigues amoureuses des "maîtres" qui animent les discussions de l'office ; la condition subalterne acceptée par fatalité. Deux mondes qui se côtoient quotidiennement, mais qui demeurent hermétiquement séparés (l'inspecteur n'interroge pas les domestiques ne s'intéressant qu'aux "contacts du défunt"...). Le calme dans les salons ; une armée de domestiques affairés à l'office pour que ce calme puisse exister "en haut"... une foule de travailleurs exploités pour que la vie d'une minorité d'aristocrates se déroule dans la sérénité, comme du papier à musique, comme une pièce de théâtre à la mise en scène scrupuleuse.

Bien sûr la critique sociale est bien présente. Les seuls personnages bons, vraiment humains, sont bien sûr ceux "d'en-bas", les domestiques. Mais Altman ne tombe pas dans la caricature heureusement. Si le spectateur s'attache plutôt aux personnages peuplant l'office, il ne peut cependant réprimer une fascination aiguë pour ces "maîtres" à la vie si légère et pourtant si réglée. Altman n'a-t-il pas la nostalgie de ces temps révolus ? Il dépeint ces vies languissantes et riantes avec le talent des meilleurs portraitistes. L'image, tout est dans l'image que donnent ces gens bien nés : l'obligation de participer à un week-end de chasse alors que l'on déteste la chasse, la cérémonie des repas où l'on s'ennuie faute de pouvoir engager une conversation intéressante (bienséance oblige), la cruauté des salons où seule l'ironie mordante triomphe...

Face à cet art de vivre révolu émerge déjà The American Way of Life, si désespérément pratique, rationnel, vulgaire. La vie guidée par le "business". Finis le protocole suranné, la coutume ancestrale, les comportements codifiés... C'est le délitement de cet art de vivre poétique, hérité de l'age d'or des salons français du XVIIe siècle, qu'Altman nous présente à regret. Tout l'art d'un grand cinéaste employé pour témoigner du naufrage d'une civilisation... Superbe !

Synopsis
Au début des années trente, dans une Angleterre fortement marquée par les inégalités de classe, une famille d'aristocrates avec à sa tête la maîtresse de maison, Lady Sylvia McCordle, organise une partie de chasse au cours de laquelle son mari Sir William McCordle est retrouvé poignardé. Cet assassinat va bouleverser l'ordre établi et révéler la complexité des liens entre les maîtres et leurs serviteurs. L'inspecteur Thompson mène l'enquête.

Site officiel http://www.marsfilms.com/gosfordpark

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2001-2005